Il y a encore peu, lorsque certains enfants refusaient un suivi psychologique, il n’existait aucune alternative. Par manque de confiance, par crainte, à cause d’une image négative du métier de psychologue, ou pour d’autres raisons, ces jeunes – souvent en grande souffrance – restaient sans accompagnement adapté. Pourtant, derrière ce refus, il y avait des histoires lourdes : violences subies, abus, carences, traumatismes, etc. Pour d’autres, même avec un suivi psychologique, la parole seule ne suffisait pas à les apaiser et à les aider à s’ouvrir.
C’est dans ce contexte qu’est née la psychoboxe, un dispositif thérapeutique qui combine un travail corporel et psychique dans un cadre sécurisé.
Ici, le geste devient un langage : l’assaut contrôlé et symbolique avec un professionnel permet de réveiller les affects, de mettre en mouvement ce qui est figé, et d’ouvrir la porte à la parole. Il ne s’agit pas d’apprendre à se battre, mais de travailler son rapport à la violence, qu’elle ait été subie ou exercée, et de trouver de nouvelles manières de l’appréhender.
Pour rendre cela possible, l’équipe des psychoboxeurs a bénéficié d’une formation, menée de décembre 2023 à juin 2024 par Mr Ghislain Pateux. Répartie en trois modules de deux jours et demi (novembre, février et mai), et complétée par un entretien individuel en juin, cette formation a permis aux professionnels d’explorer leur propre rapport à la violence et d’expérimenter les différents rôles au sein d’une séance : psychoboxeur (celui qui met les gants), psychoboxant (celui qui vient mettre au travail ses difficultés, en l’occurrence, le jeune) et la veille (garant du cadre).
Ces mises en situations, mêlées à un travail d’écriture, ont favorisé une véritable introspection sur les émotions, les limites et les positions de chacun face à la violence. Cette formation a demandé une forte implication personnelle de l’ensemble des professionnels.
Sur le terrain
L’équipe de psychoboxeurs est constituée de : BIRI Lamia, CHIKHI Florian, DEFFRENNE Pauline, DELVA Audrey, FAUCHART Jean-Pierre, GUILAIN Léonie, JARDIN-MATHE Lucie, JOLY Agnès, KIWADE Valérie et MARECHAL Kathleen.
A qui s’adresse la psychoboxe ?
Elle s’adresse principalement aux jeunes de dix ans ou plus, qui ont des difficultés à exprimer leurs émotions, qui présentent des comportements agressifs, impulsifs ou violents, ou qui ont été confrontés à des situations de violences ou de harcèlement. Ce dispositif ne convient pas aux enfants souffrant de troubles psychotiques, présentant une déficience intellectuelle, ou âgés de moins de dix ans, afin de garantir un accompagnement adapté et sécurisant.
Un cadre rigoureux et bienveillant
Chaque séance est menée par un binôme composé d’au moins un garant clinique (psychologue) et d’un éducateur formé. L’engagement demandé est à la fois physique, psychique et éthique : les règles sont strictes, les frappes sont très atténuées et aucun jeune ne participe sans son consentement, ainsi que celui de ses parents si celui-ci est mineur. La liberté de s’arrêter à tout moment est une condition essentielle pour que la rencontre reste un espace de confiance.
La psychoboxe offre aux jeunes un espace concret pour explorer et comprendre leurs émotions. En mettant le corps en action dans un contexte symbolique et sécurisé, elle aide à mieux percevoir ses limites, à travailler l’image de soi et à poser des repères face à la violence. L’objectif ultime : permettre au jeune de mettre en mots ce qui l’anime ou le submerge, de trouver une nouvelle forme de maîtrise de soi, et de restaurer une relation plus apaisée avec lui-même et les autres.
Témoignages de jeunes
« La psychoboxe c’est bien pour moi, ça me défoule, ça m’apaise et je me sens mieux depuis que j’ai commencé ».
« C’est bien mais en même temps c’est pas bien… Tu trouves ça normal que 3 jours après je fasse des crises ? Mais en vrai j’aime bien ».
« La psychoboxe, j’aime bien parce que ça m’apaise. Je le conseille aux gens qui ont du mal à dire leurs émotions et ce qu’ils ressentent ».
Témoignages de professionnels
« Je suis arrivée en formation quelque peu dubitative, j’en suis sortie bouleversée par l’impact que les assauts ont provoqué en moi. Convaincue par les effets de cette médiation thérapeutique, j’ai commencé les séances. Dans un premier temps, les résonances sont visibles par le non-verbal. Au fur et à mesure des séances, les jeunes réussissent de plus en plus à mettre des mots sur leurs ressentis. J’observe un changement, des repères de compréhension sur les questions de violence qui les freinent
dans leur avancée ».
« La psychoboxe est un outil thérapeutique que je trouve particulièrement adapté aux enfants de la MECS. Elle leur permet d’exprimer leurs émotions, de canaliser leur énergie et de renforcer leur confiance en eux dans un cadre sécurisé. Pratiquant moi-même cette discipline, j’en observe les bienfaits sur le plan corporel et relationnel ».
Kathleen MARÉCHAL
Psychologue
